«Une fausse couche comme les autres» : le récit bouleversant d’une mère sur sa grossesse invisible

Pourquoi je vous en parle ici : Il y a beaucoup de tabou autour de la maternité et de la grossesse. La fausse couche en fait indéniablement partie. Pourtant, ce phénomène touche une femme sur dix dans le monde. Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Pourquoi les femmes qui en vivent se retrouvent-elles seules face à leur douleur ? C’est ce qu’a essayé de raconter avec beaucoup d’émotions et de sincérité la journaliste Sandra Lorenzo dans son livre Une fausse couche comme les autres*, qui raconte sa propre histoire. Déjà maman d’un petit garçon, elle a fait une fausse couche à 8 semaines de grossesse. Une terrible épreuve dont elle fait le récit sans fard, pour aider les autres femmes et tenter de briser ce tabou. Son livre m’a beaucoup touché, je le conseille à toutes les femmes mais aussi leurs compagnons, pour que chacun comprenne mieux ce qui se joue derrière une fausse couche.

Comme une femme sur dix, Sandra Lorenzo a fait une fausse couche. Elle était enceinte de 8 semaines. C’était sa deuxième grossesse. Elle était pleine d’espoir devant ce nouveau miracle, bien loin d’imaginer qu’elle pourrait en vivre une. D’ailleurs, elle n’en avait presque jamais entendu parler. Il lui a fallu 5 échographies et une attente insupportable avant d’entendre ce terrible diagnostic : « La grossesse est terminée », lui a annoncé un médecin, sans lui donner plus d’informations. « Tout va bien se passer, ne vous inquiétez pas madame. (…) Ce sera comme de grosses règles », a-t-elle simplement répondu à ses nombreuses questions sur l’après fausse couche. Un événement traumatisant que la journaliste raconte dans un livre très touchant, Une fausse couche comme les autres*, de l’annonce de sa grossesse jusqu’à sa reconstruction.

Sandra Lorenzo, auteure d’Une fausse couche comme les autres.

Pourquoi un tel tabou autour de la fausse couche ? Pourquoi les femmes manquent-elle à ce point d’informations ? « C’est un sujet qui met mal à l’aise, moi la première d’ailleurs. Il a trait à la mort et à la vie intime des femmes à travers leur utérus », constate Sandra Lorenzo. « Et puis il y a quelque chose autour de la maternité : il ne faut surtout pas effrayer les futures mères. Alors on sait, mais on n’en parle pas, même dans le corps médical. Il faut faire sauter cette cloche, il faut informer pour que les femmes puissent se préparer si cela leur arrive ». La jeune femme s’est retrouvée terriblement seule après sa fausse couche. Personne ne lui a proposé de s’arrêter quelques jours par exemple ou d’avoir un suivi psychologique pour le processus de deuil. Comme elle l’écrit dans son livre, « c’est à nous de tout faire. C’est à nous d’appeler à l’aide, d’en chercher, de prendre rendez-vous. Notre deuil semble faux puisque le chemin pour le vivre n’existe pas. Ma grossesse, comme toutes celles qui s’arrêtent aussi tôt, n’existe nulle part. »

« Après une fausse couche, la femme ne doit pas rester au bord de la route »

Pour se reconstruire et avancer, Sandra explique donc avoir eu besoin de savoir que d’autres femmes étaient passées par là avant elle et qu’elles s’en étaient remises malgré la douleur. « C’est important d’en parler, de créer une chaîne d’écoute entre les femmes. Toutes celles qui vont passer par là ont besoin de savoir ce qui va se passer dans leur corps et à partir de quand elles iront mieux », souligne l’auteure, qui déplore le manque de cadre précis dans le parcours de soin après une fausse couche. « Il faut que les soignants expliquent à la femme ce qu’elle va vivre après sa fausse couche. Combien de temps on va saigner ? A partir de quand on peut essayer de retomber enceinte ? Quand est-ce qu’on peut reprendre les rapports sexuels ? Toutes ces questions doivent avoir une réponse. La femme ne doit pas rester au bord de la route. »

Pour Sandra, la guérison est aussi passée par l’écriture, sur son compte Instagram d’abord – @sandragloria – puis avec son livre. « J’étais aussi dans une course contre l’oubli : je ne voulais pas que cette grossesse n’existe pas, autrement que dans ma mémoire et dans mon corps. De cette grossesse finalement n’est pas né un bébé, mais un livre ». Ce dernier lui a aussi permis de ressouder sa relation avec son compagnon, qui, contrairement à elle, a rebondi beaucoup plus rapidement après la fausse couche. « Nous n’étions pas sur le même registre, ça a forcément créé des tensions entre nous. Il a été d’un soutien énorme et sans faille, mais il n’était pas en deuil comme moi… La lecture de mon livre lui a permis de se rendre compte de la profondeur de ce que j’avais vécu ».

« Charlie m’habite encore un peu »

Aujourd’hui, Sandra est en paix avec elle-même. La culpabilité du début l’a quitté et elle ne se pose plus 1000 questions sur les raisons de cette fausse couche. « Je me dis que cette grossesse n’était pas vide de sens, elle m’a apporté beaucoup de force et de créativité. Charlie, ainsi que je l’avais nommée, m’habite encore un peu », sourit-elle. De cette expérience, elle retient qu’il faut savoir faire le point avec soi-même et ne pas hésiter à en parler si on en ressent le besoin, y compris à un professionnel.

Depuis, Sandra et son mari ont donné un petit frère à leur fils aîné. La veille de la sortie de son livre, elle leur a raconté à tous les deux cette épreuve, en s’appuyant sur les beaux dessins de Mathilde Lemiesle, qui illustre son histoire. « C’était important car ils l’ont tous les deux un peu vécu avec nous. Mon aîné qui était déjà né à l’époque, et mon 2e dans mon ventre ensuite, à travers mes émotions et mes angoisses. Ce livre, c’est un peu comme un pont entre eux, Charlie et moi », conclut Sandra.

* Une fausse couche comme les autres, de Sandra Lorenzo, éditions First

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2 commentaires sur « «Une fausse couche comme les autres» : le récit bouleversant d’une mère sur sa grossesse invisible »

  1. Celui là m’a un peu bouleversé ! 9 ans d’écart entre Caro et Thibault et malheureusement de nombreuses fausses couches … tellement mal vécues 🙁

    Envoyé de mon iPhone

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