Burn-out parental : « Je devais arrêter de jouer à la wonder woman et de faire peser mon stress sur mes enfants »

Pourquoi je vous en parle ici : J’avais abordé le burn-out parental pour expliquer ses mécanismes et comprendre ce que c’était. Donner aussi des clés pour s’en sortir aux parents qui pourraient traverser cette épreuve. Mais je voulais également raconter de l’intérieur cette épreuve que peuvent traverser les mères, mais aussi les pères, et puis montrer qu’on peut s’en sortir et retrouver confiance en soi et en la vie. Tolérance, maman de deux enfants et autrice du compte Instagram maman.aburnoute, a connu ce trouble encore tabou. Elle a accepté de me le raconter, de sa descente aux enfers à sa reconstruction.

Tolérance est la maman de deux enfants, Léa, 7 ans et demi, et Alexandre, 2 ans et demi. En couple avec un officier de gendarmerie depuis plus de 10 ans, elle vit au rythme de ses mutations. Environ tous les trois ans, la famille déménage en fonction de l’affectation du militaire. Après l’Autriche et Albi, la famille vit aujourd’hui à Paris. Infirmière depuis 15 ans, la trentenaire a longtemps tout mené de front : sa vie de famille, son foyer, son métier. « Mon mari avait un poste à responsabilités et travaillait beaucoup donc c’était normal pour moi de gérer tout le reste. D’ailleurs pour mon entourage, c’était moi qui tenais la maison et j’avais à cœur de montrer cette image de moi, une femme forte, une wonder woman », me raconte Tolérance.

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Mais malgré toute sa bonne volonté, sa charge mentale augmente au fur et à mesure de leur quotidien et s’accentue un an après la naissance de son fils en août 2019. Les mois passent et ce dernier ne fait toujours pas ses nuits. Tolérance se lève à chaque fois et enchaîne les nuits sans sommeil. La fatigue physique et psychique s’installe progressivement, sans qu’elle ne s’en rende compte. « Quand nous sommes revenus vivre à Paris à l’été 2020, après 3 ans à Albi, tout s’est mis en place. Je venais de gérer le déménagement, en plus des enfants, je ne dormais pas et je n’avais pas d’aide », se rappelle la jeune maman. « La nuit, si mon fils pleurait, mon mari se retournait et continuer à dormir. Quand il était à la maison, il était là, mais c’est toujours moi qui faisais les bains, les dîners, les sorties au parc, etc. Lui était peu impliqué dans l’organisation du quotidien. Je m’enfonçais dans cette fatigue, tout en continuant à donner le change, comme si de rien n’était, persuadée d’être dans mon rôle de mère ».

« J’étais épuisée, fatiguée psychologiquement et je n’avais plus de patience avec mes enfants »

En parallèle de leur installation à Paris, Tolérance a repris un poste à un temps plein, dans le domaine du médico-social. Chaque matin représente une course interminable avant d’y parvenir. Comme pour le reste, c’est elle qui gère les enfants dès 7h30, seule. Jusqu’à ce fameux matin, quelques jours seulement après avoir commencé son nouveau travail, où elle n’arrive plus à avancer. « J’ai commencé à faire un malaise dans le métro, j’ai réussi à sortir et à trouver un banc dans la rue, je m’y suis écroulée, mes jambes ne me tenaient plus et je pleurais sans m’arrêter… », explique-t-elle. Sur les conseils de sa mère, dont elle est très proche, elle prend immédiatement rendez-vous chez son médecin traitant, qui lui diagnostique un burn-out maternel. « J’ai énormément pleuré dans son cabinet, je lui ai dit que j’étais épuisée, que j’étais fatiguée psychologiquement, que je n’avais plus de patience avec mes enfants, que je ne supportais plus le bruit et que je passais mon temps seule à la maison à tout gérer et notamment les nuits. Elle m’a immédiatement arrêtée, en m’expliquant que ce n’était pas de ma faute mais qu’il fallait que je me repose ».

Au cours de ces derniers mois, Tolérance avait accumulé trop de stresseurs parentaux, sans avoir assez de béquilles ou ressources sur lesquelles s’appuyer pour se soulager. Elle gérait tout toute seule et la charge était devenue trop grande. « J’aurais dû dire stop plus tôt et en parler avec mon conjoint. Je m’en suis beaucoup voulu, mais je ne me suis pas rendue compte que mon état était si grave. Et puis, je n’arrivais pas à lui parler. D’un côté parce que je me disais que je n’avais pas à réclamer de l’aide, que c’était normal qu’il prenne sa part en tant que père, et de l’autre, sans doute parce que j’avais peur des conflits », avoue-t-elle. « L’élément déclencheur, ça a été mes enfants : comment j’allais faire si je ne pouvais plus m’occuper d’eux ? Je devais arrêter de jouer à la wonder woman et de faire peser sur eux ma fatigue et mon stress. Je leur imposais un rythme infernal, entre les devoirs, le bain, les repas, ce n’était plus possible ». Au total, son suivi médical va durer environ 8 mois.

« Progressivement, en 3 mois, mon mari a changé du tout au tout »

Arrêtée, Tolérance apprend petit à petit à se reposer, à relâcher la pression, à laisser le panier à linge déborder ou à ne pas ranger les jouets qui traînent. Son médecin, qu’elle voit tous les 15 jours, insiste pour qu’elle s’assoit chaque jour plusieurs minutes et ne fasse rien, à part se reposer, lire, regarder une série. Tolérance remonte la pente doucement et commence à se sentir mieux au bout de 3-4 mois. C’est à ce moment-là qu’elle parle à son mari. Qu’elle lui exprime ses besoins d’aide au quotidien, la nécessaire répartition des tâches parentales, et que si rien ne change, elle partira avec ses enfants. Après une période difficile où leur couple a été remis en cause, tous deux ont réussi à trouver leur place. Tolérance en étant un peu moins dans le perfectionnisme permanent, son mari en épousant son rôle de père. « Progressivement, en 3 mois, il a changé du tout au tout. Une nuit, alors que notre fils pleurait, il s’est levé et m’a dit de dormir. J’étais stupéfaite ! Parfois, il les emmène au parc pendant que je me repose à la maison. Nous avons enfin trouvé un fonctionnement qui nous correspond, même si on est en recherche permanente de cet équilibre. »

Aujourd’hui, la maman de Léa et Alexandre est sereine : « j’ai appris à être indulgente envers moi-même et les autres, à laisser mes enfants vivre leur vie et à me faire confiance en tant que maman ». Au plus profond de son mal être, elle avait créé un compte sur Instagram, maman.aburnoute, qui l’a beaucoup aidée à exprimer ce qu’elle ressentait, comme une sorte de thérapie par l’écriture. Elle le poursuit toujours pour que les mères puissent s’épauler entre elles et se parler de leur expérience du burn-out maternel, de la charge mentale, de la dépression post partum et plus largement de la difficulté maternelle. Un moyen aussi de déculpabiliser les mères face à leurs émotions et de leur dire qu’elles ne sont pas seules.

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