Anna Roy: «Après l’accouchement, on croit que le plus dur est fait, alors que tout commence avec le post-partum»

Pourquoi je vous en parle ici : Comme beaucoup, Anna Roy a bercé mes congés maternité avec ses chroniques dans « La Maison des maternelles ». Quand j’ai découvert son nouveau livre La vie rêvée du post-partum*, j’étais ravie d’avoir une occasion d’interviewer cette sage-femme qui libère la parole sur tant de sujets fondamentaux liés à la grossesse et à la maternité. Et quel livre ! J’aurais aimé le lire au moment de mes grossesses. Car oui le post-partum est une sacrée paire de manches ! J’ai été plutôt gâtée et n’ai pas à me plaindre de mes accouchements ni de mes suites de couche, mais la déflagration était bel et bien là, au milieu d’une immense vague d’émotions. Anna Roy aborde tous les sujets sans tabou, avec son franc-parler habituel : les premières heures après l’accouchement, le baby-blues, l’allaitement, la cicatrice, les kilos en trop, le périnée, la reprise de la sexualité… Une véritable bible à mettre entre les mains de toutes les futures ou jeunes mamans ! Alors si vous êtes en plein dedans et que vos interrogations se multiplient, allez-y les yeux fermés, vous y trouverez toutes les réponses à vos questions. En attendant, en voici un premier aperçu…

La parole se libère de plus en plus sur le post-partum, sur les réseaux sociaux, dans les médias… Vous publiez un livre aujourd’hui sur le sujet. Quel est votre message ?

Anna Roy – Je veux parler du post-partum en tant que sage-femme de toutes les femmes, car chaque mère le vit différemment. Aujourd’hui il y a encore un tabou autour de cette notion, l’image de la mère parfaite nous colle toujours à la peau. Je ne sais pas pourquoi mais j’observe que chaque femme veut renvoyer une image sympa d’elle-même dans ces moments-là et crâne, même devant ses copines. Personne par exemple ne veut parler de la fatigue ressentie pendant cette période. Il faut que la parole se libère car la naissance, comme la mort, sont les deux moments les plus importants de l’existence humaine, mais ce sont aussi ceux qui bénéficient du moins d’accompagnement.

Les femmes ne reçoivent pas d’informations particulières sur le post-partum dans les cours de préparation à l’accouchement ?

Si, cette question doit être abordée. Moi je fais même deux cours dessus, mais je me rends bien compte que les futures mères ont du mal à imaginer cette réalité de la fatigue, des suites de couches, etc. D’une part, parce qu’elles sont dans la préparation de l’arrivée de leur bébé donc elles s’en fichent un peu et d’autre part parce qu’elles se disent toutes que pour elles ce sera différent. D’ailleurs, moi-même je m’étais dit : « non mais c’est bon, ça ne m’arrivera pas à moi ». Mais c’était avant l’ouragan de la naissance de mes enfants. Tant qu’on n’y est pas confronté, on ne peut pas l’imaginer.

Que faut-il faire alors ? Renforcer le suivi des femmes après la naissance ?

Oui, la femme est remise trop vite dans la nature, seule. Quand on est sur le seuil de la maternité, notre bébé dans les bras, on croit qu’on a fait le plus dur avec l’accouchement, alors qu’en fait c’est là que tout commence. Il faut mettre en place un travail d’accompagnement des parents, de la mère mais aussi du père. Je préconise d’imposer obligatoirement 5 visites de sage-femme à domicile. C’est absolument nécessaire même si ça ne suffit pas car on ne peut pas rester longtemps. En général, je viens voir mes mamans 1 heure, mais j’aimerais tellement rester plus pour les aider et les soulager avec leur nouveau-né. C’est pour ça qu’il faudrait aussi instaurer un accompagnement comme aux Pays-Bas avec les « Kraamzorg » qui viennent aider la jeune mère pour les courses, les repas et le ménage, en plus des sages-femmes.

Vous militez aussi pour un congé maternité étendu à 6 mois et renouvelable une fois…

Oui c’est une nécessité sanitaire et économique. Les femmes, qui doivent reprendre le travail lorsque leur bébé a deux mois et demi, font des dépressions post-partum principalement entre le 2e et le 4e mois de leur enfant. Cela coûte cher à l’Etat. En rallongeant, le congé maternité, on fait baisser les coûts de prise en charge sur le long terme et on permet aux mères de se remettre de la naissance, c’est bénéfique pour tout le monde. La deuxième mesure sur laquelle je ne lâcherai pas c’est une sage-femme = une femme, pour lutter contre la maltraitance à l’hôpital. Sur ces deux points, je suis très optimiste, je suis sûre d’y arriver. Je prévois d’ailleurs dans les prochains mois un nouveau livre plus « politique » pour défendre mes idées et faire bouger les lignes. Je ne suis pas dans une logique partisane, mais j’ai cumulé et observé tellement de choses en 10 ans de métier que j’ai besoin aujourd’hui de mener ce combat.

*La vie rêvée du post-partum. Confidences et vérités sur l’après-accouchement, Anna Roy avec la collaboration de Caroline Michel, éditions Larousse

Retrouvez-moi sur mon compte Instagram @Parlonsmaman

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