Mamans du monde, déculpabilisons !

LIVRE Pourquoi je vous en parle ici : pendant mes grossesses, je me souviens des multiples conseils que j’ai reçus de ma famille, de mes amies ou de mes collègues. Chacun y allait de son idée ou de son anecdote. Tout cela partait d’un bon sentiment mais je me sentais parfois perdue ne sachant plus à qui ou quoi me fier. Bien souvent, je finissais par me dire « je ferai comme je le sentirai ». Mais ce n’est pas toujours évident, face à tant d’injonctions, de se faire confiance, surtout lorsque c’est son premier enfant. Quand j’ai découvert le livre d’Ania Pamula et Dorothée Saada, Mamans du monde*, je me suis dit : « Enfin un livre qui fait parler des mamans et qui plus est du monde entier ! ». J’ai donc décidé de les interviewer et je n’ai pas été déçue : leur démarche est passionnante et inspirante, parle à toutes les femmes et leur livre regorge d’anecdotes et conseils pratiques hyper rassurants quand on devient maman. Je vous laisse en apprendre plus dans mon article ci-dessous…

Déculpabiliser et se faire confiance. C’est le mantra que toutes les mères – jeunes et moins jeunes, d’un seul enfant ou d’une famille nombreuse, de toutes les origines et de tous les continents – devraient s’appliquer au quotidien. Pas facile me direz-vous quand on devient ou qu’on est déjà maman. Qui n’a jamais culpabilisé ou douté de ses choix ? Certainement pas moi et encore aujourd’hui alors que ma grande à (déjà) plus de 5 ans… J’ai l’impression que la culpabilité fait partie intégrante de ma casquette de maman… Et ce n’est pas facile de le gérer au quotidien ! C’est dans cette logique que je me suis intéressée au livre dont je vous parle aujourd’hui : Mamans du monde*, écrit par les journalistes Ania Pamula et Dorothée Saada. Dedans, elles retracent les portraits de 40 mères, à travers leurs grossesses, leurs accouchements mais aussi l’éducation de leurs enfants et leur mode de vie et coutumes familiales. « En l’écrivant, notre objectif était de rassurer les mères, de leur montrer qu’on fait toutes du mieux qu’on peut et surtout qu’on n’est pas seules face à notre maternité », m’explique Ania Pamula, que j’ai interviewée il y a quelques semaines.

D’origine polonaise, Ania vit en France depuis 8 ans. Joseph, son fils unique, a 6 ans et demi. « Je me considère toujours aujourd’hui immigrée, comme toutes ces femmes qu’on a interviewées, me raconte la journaliste, qui écrit chaque mois avec sa consœur une chronique dans le magazine Parents. A la naissance de mon enfant, j’étais en conflit entre ce qu’on me conseillait ici en France et ce que me disait ma famille polonaise. Je voulais à la fois suivre les traditions de ma terre d’origine et m’adapter à mon pays d’adoption. » En 4 ans de collaboration avec Parents, elle a interviewé plus de 90 mères. « Elles m’ont fait prendre conscience que je devais m’écouter davantage et me faire confiance, poursuit la grand reporter, également correspondante du quotidien polonais Gazeta Wyborcza. Si j’ai un autre enfant, je me fierais davantage à mon instinct ».

« Il faut s’ouvrir aux autres »

Pour elle, et c’est le message qu’elle veut donner à travers son livre, les femmes doivent se libérer des voix qui leur dictent leur conduite. Personnel médical, amies, parents, médias… Nous étions toutes les deux d’accord : les injonctions viennent de partout. « Il faut s’ouvrir aux autres et ne pas se braquer si une maman agit différemment. Au contraire, il faut l’écouter, l’observer et se demander ce qu’on désire au fond de nous », souligne la journaliste, qui regrette le jugement trop présent en France. « J’ai une tradition avec mon fils, qui me vient de Pologne, c’est de rester avec lui au moment du coucher le soir, jusqu’à ce qu’il s’endorme. Je sais qu’en France ça ne se fait pas, que certaines mamans couchent vite leurs enfants pour avoir leur soirée de libre. Et je ne le juge pas, je le comprends même. Mais moi, j’aime ce moment avec mon fils, il me raconte sa journée, c’est un moment privilégié, que j’ai gardé longtemps jusqu’à ce qu’il n’en veuille plus… », sourit Ania Pamula.

« Cette obsession du sommeil n’existe pas ailleurs, poursuit-elle. La France est très codifiée au sujet des bébés: sommeil, repas, horaires, etc. L’expression « faire ses nuits » est d’ailleurs symptomatique. C’est comme « faire ses devoirs », il y a un sentiment d’accomplissement ». Quand Ania m’a parlé du sommeil de nos bambins, je reconnais que je ne pouvais qu’aller dans son sens : quand mes filles ont commencé à rallonger leur nuit vers deux mois, nous étions les plus heureux des parents avec mon mari. Evidemment, je n’y avais pas forcément vu de codification mais plutôt une liberté retrouvée de sommeil et de soirées en amoureux…

Pour autant, malgré cette pression sur les femmes au moment de leur maternité, Ania reconnaît que le système médical français, « très bon », protège la femme et lui donne une grande liberté avec la contraception, l’existence de l’IVG ou encore le suivi médical. « C’est une chance énorme, qui n’existe pas partout, mais maintenant il faut que le personnel soignant s’ouvre à faire les choses différemment, à ne pas imposer ses choix aux mères, comme sur l’allaitement où on se sent parfois jugée», explique la jeune femme, qui se souvient de cette mère Peul originaire de Guinée qui s’est sentie observée pendant la venue au monde de son enfant pour son silence. En effet, dans cette tribu originaire d’Afrique de l’ouest, la tradition veut que les femmes accouchent sans cris et sans montrer leurs émotions.

« Il y a un sujet autour de la carrière des femmes en France »

L’accouchement passé, on ne se sent pas pour autant libéré du regard des autres. Une autre question se pose parfois assez vite. Avec un congé maternité court en France (16 semaines au total), certaines femmes s’interrogent sur l’opportunité de prendre un congé parental pour profiter de leurs enfants. « Il y a un sujet autour de la carrière en France, qu’il faut à tout prix préserver, surtout dans les grandes villes comme Paris », souligne Ana Pamula. « Des femmes qui font d’autres choix ne comprennent pas toujours que certaines interrompent leur carrière pour s’occuper de leur bébé ».

Pour la journaliste, la France gagnerait à se rapprocher des systèmes scandinaves. En Finlande par exemple, « c’est de plus en plus fréquent que la jeune maman retourne travailler après avoir passé six mois à la maison et les papas prennent un congé parental supplémentaire de 26 semaines », témoigne Emilia, 34 ans et maman d’un petit garçon, dans Mamans du monde. « Le partage des tâches a été introduit il y a longtemps en Finlande, et les femmes laissent la place à leur conjoint, elle baisse la garde et sont moins dans le contrôle qu’ici », confirme Ana Pamula. Pour cette dernière, les hommes français doivent s’émanciper davantage et découvrir leurs possibilités en tant que pères. En ce sens, le passage à 28 jours du congé paternité (mesure qui doit entrer en vigueur en juillet 2021), dont sept jours obligatoires, est un signal positif. « Le papa doit aussi s’imposer et réclamer sa place », conclut la journaliste.

* Mamans du monde. Grossesse, accouchement, soins, éducation… Comment font-elles ? de Ania Pamula et Dorothée Saada, aux Editions First

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