Pourquoi je vous en parle ici : S’il y a un sujet qui semble réunir tous les parents, c’est bien celui de la fatigue et du stress qu’on ressent au quotidien. Surtout quand nos enfants sont petits. Certes, c’est une période bénie et merveilleuse mais en même temps, ô combien épuisante parfois pour nous, pris dans la lessiveuse du quotidien ! Courses, boulot, devoirs, machines, rangements… Et hop on recommence, jour après jour. Alors on y arrive, on râle (souvent), on désespère, et puis on repart. Et si on essayait de prendre 5 minutes pour voir si on peut ralentir un peu et se réorganiser pour être moins fatigué.e.s ? Alessandra Cordey – psychologue, psychothérapeute et auteure du très bon livre Etre parents, parlons-en !* – me donne des conseils pour aller mieux et se sortir de ce cercle parfois infernal.
Beaucoup de parents ont le sentiment de courir tout le temps. Est-ce inévitable quand on devient parents ou est-ce simplement une question d’organisation ?
Alessandra CORDEY – Un peu des deux ! D’un côté c’est inévitable parce que la plupart des parents travaillent et qu’ils ont en plus beaucoup à faire à la maison. De l’autre, il est possible de s’organiser pour que cela ne soit pas aussi intense. Déjà, la première chose à faire, c’est de détecter s’il y a un souci et se demander si notre rythme nous convient. Parfois, on ne prend même pas le temps d’identifier cet état de fatigue et de stress, donc on doit s’interroger sur ce qui est difficile pour nous.
Une fois qu’on a identifié notre état, que peut-on modifier dans notre organisation pour être moins fatigué ?
Parlons du sommeil d’abord. On doit garder en tête que cette période autour du sommeil est une phase de notre vie de parents et que ça va évoluer. Cependant, si notre enfant dort peu, dans ce cas, on peut commencer par se coucher plus tôt car on va avoir besoin de dormir plus pour tenir. Côté journée de travail, on a tendance à enchaîner sans prendre de pause. Ce qui n’est pas bon du tout. Il vaut mieux prendre 5 minutes pour respirer et faire baisser notre niveau de stress. C’est important d’anticiper ces moments car ça nous permettra de mieux préparer la fin de journée avec nos enfants et d’arriver plus serein. Idem le matin, je préconise de se lever plus tôt pour avoir le temps de se préparer avant de se consacrer à eux. Ce qui permettra souvent d’éviter le stress et les cris.


Est-ce qu’il est important de s’accorder aussi des moments de respiration en-dehors du foyer ?
Oui, il faut aussi des moments pour se «remplir» en prenant du temps pour soi, une soirée ou un après-midi avec des amis par exemple. Les femmes culpabilisent souvent à l’idée de laisser leurs enfants. Mais si lorsqu’on passe du temps avec eux, on crie ou on est stressé, ce ne sont pas des moments de qualité. Il faut se rappeler qu’on a besoin de se remplir pour bien fonctionner. Cela passe par des besoins primaires comme la nourriture ou le sommeil, mais aussi secondaires comme des moments de détente. Prendre du temps pour soi permet de faire baisser le stress.
Le soir, après une journée de travail, on a souvent envie que tout se passe sans encombre mais c’est souvent là que ça peut déraper avec la fatigue des petits et la nôtre. Quels sont vos conseils pour une soirée sereine ?
En général, plus je vais m’énerver et plus les enfants vont réagir, et plus ce sera compliqué. Ils vont sentir l’impatience des parents et mettront plus de temps à aller au lit. Je conseille donc de prendre le temps de faire un gros câlin, de donner des consignes simples et surtout d’accompagner les enfants dans chaque étape surtout lorsqu’ils sont petits. Et bien sûr de rester calme. Si vraiment on n’y arrive pas, il faut le prendre comme un signal pour regarder ce qui ne va pas.
«Au-delà de l’organisation, il faut continuer à nourrir le couple»
Dans votre livre, vous dîtes que c’est «le système sociétal qui épuise les parents». Que faudrait-il changer pour que permettre aux parents «d’aller mieux» ?
En effet, tout le monde est épuisé par ses horaires, que ce soit les parents ou les enfants. Et en plus, ce n’est pas parce qu’on travaille 8 heures ou plus par jour qu’on est plus efficace. Il faudrait mettre en place des horaires aménagés pour les familles. On devrait pouvoir avoir des journées plus courtes ou travailler sur 4 jours. Pour que ça change, on doit continuer à agiter le drapeau rouge et à en parler. Car je suis persuadée que si une personne est épanouie dans sa vie de famille, elle sera plus performante.
Enfin, dans ces moments de fatigue et de stress, comment ne pas oublier son couple et réussir à en faire une force au contraire ?
C’est une question très importante, quand on voit que 50% des couples divorcent avec un enfant en bas âge. il faut rester soudé et se dire que oui c’est difficile mais qu’on va s’aider pour traverser ça ensemble. On voit trop souvent une forme de guerre dans les couples, avec des accusations et reproches réciproques. Il faut réussir à se parler pour ne plus être l’un contre l’autre. On peut s’aider en faisant un tableau des tâches par exemple pour poser tout à plat et chercher des solutions ensemble. Et au-delà de l’organisation, il faut continuer à nourrir le couple. Cela ne veut pas forcément dire aller au restaurant ou sortir tous les deux, mais plutôt commencer à penser à l’autre et être dans l’empathie et dans l’écoute. La clé, c’est la connexion du couple. Et quand cela devient vraiment difficile, c’est là qu’on peut se faire aider pour un professionnel.
Etre parents, parlons-en ! Les clés pour comprendre votre enfant et l’accompagner au quotidien, de Alessandra Cordey, éditions First
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