Addiction et grossesse : comment se faire aider pour arrêter de fumer enceinte

Pourquoi je vous en parle ici : La cigarette est un fléau pour la santé de tous, mais elle l’est plus encore lorsqu’on est enceinte car elle met aussi la vie de son bébé en danger. Pour autant, pour certaines fumeuses, il est extrêmement difficile de réussir à arrêter lorsqu’elles tombent enceinte. Sans compter qu’on entend encore parfois cette mauvaise idée reçue selon laquelle il vaudrait mieux fumer 2-3 cigarettes par jour plutôt que de se frustrer et d’être stressée pendant sa grossesse. C’est totalement erroné et surtout dangereux pour sa santé et celle de son enfant. Seulement, on ne sait pas toujours comment faire ni vers qui se tourner lorsqu’on n’y arrive pas par soi-même. A l’hôpital Antoine Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine), il existe un service addictologie pour les femmes enceintes avec une médecin, Marion Adler, et une sage-femme, Gaëlle Blehaut, toutes deux addictologues, qui accompagnent les femmes dans cette situation avec bienveillance et avec un traitement approprié. Explications avec Marion Adler, praticienne hospitalière et responsable de ce service.

Comment accueillez-vous les femmes qui arrivent dans votre service car elles n’arrivent pas à arrêter de fumer pour ou pendant leur grossesse ?

Marion ADLER – Tout d’abord, je leur rappelle le contexte car il est important de ne pas se tromper d’ennemi quand on veut arrêter de fumer. La nicotine, qui créé le manque, n’est pas toxique. C’est la fumée de la cigarette qui est très dangereuse car elle contient du goudron et du monoxyde de carbone, qui peuvent entraîner des complications obstétricales et des problèmes de santé sur le bébé. Mais les femmes peuvent avoir peur d’arrêter à cause de la sensation de manque qui va créer du stress, de l’angoisse, des fringales et donc entraîner parfois une prise de poids. La bonne nouvelle c’est qu’on peut lutter contre ce manque avec des substituts nicotiniques qui sont tout à fait autorisés pendant la grossesse.

Vous prescrivez donc ces substituts aux femmes que vous suivez avant ou pendant la grossesse ?

Oui, la solution quand on est enceinte, avant ou même après lorsqu’on allaite, ce sont les substituts oraux types gommes, spray buccal, pastilles aromatisées, qu’on peut associer à des patchs à diffusion lente. Tout dépend de la patiente et de son manque, mais on peut tout à fait avoir un patch toute la journée et prendre un substitut oral dès qu’on ressent le manque de la nicotine. On peut en prendre autant qu’on veut, il n’y a pas de limite. D’ailleurs, on l’ignore trop souvent mais tous les substituts sont remboursés à 100% sur prescription médicale, avec la sécurité sociale et une mutuelle. Nous sommes le seul pays d’Europe avec l’Angleterre à le faire.

Marion Adler et Gaëlle Blehaut.

Et que pensez-vous de la cigarette électronique dans ce contexte de grossesse ?

La cigarette électronique peut aussi être un bon moyen d’arrêter de fumer car c’est de la vaporisation de nicotine et non pas de la fumée comme dans la cigarette, donc elle ne contient ni goudron, ni monoxyde de carbone. Donc si elle permet d’empêcher de se tourner vers le tabac, c’est un bon moyen pour arrêter pendant la grossesse. On peut même l’associer aux substituts si besoin. On peut donc tout combiner ou seulement choisir une solution – patchs, substituts oraux, vapoteuse – suivant ce qui convient le mieux à la patiente. C’est cette dernière qui va choisir ce qui l’aide le plus dans son sevrage.

Quid du tabagisme passif si son partenaire fume par exemple ?

La fumée passive est aussi mauvaise pour la femme enceinte car en la respirant, le monoxyde de carbone pénètre dans le corps. C’est donc important d’aider son conjoint à arrêter ou a minima de l’inciter à fumer à l’extérieur.

Il peut exister aussi d’autres addictions comme le cannabis ou l’alcool, qui peuvent être très graves pendant la grossesse…

En effet, avec le premier, on a exactement les mêmes dangers avec la fumée puisque le tabac est présent, en y ajoutant la toxicité du cannabis sur le neurodéveloppement entre autres (trouble de l’apprentissage, trouble de l’attention…). Dans ce cas-là, on donne aux patientes beaucoup de substituts pour combler le manque de nicotine et en plus, on ajoute un anxiolytique pour déstresser et lutter contre les troubles du sommeil qu’elles peuvent rencontrer.

Pour l’alcool, on est vraiment sur une tolérance zéro pendant la grossesse avec des risques malformatifs très importants pour le bébé. Pour détecter les comportements à risque, on interroge les patientes en les déculpabilisant avec des questions ouvertes. Cela permet d’aborder plus facilement et sans jugement les consommations et ensuite, on va essayer de leur faire prendre conscience de l’importance d’être à zéro verre pendant toute la grossesse. On peut leur proposer une hospitalisation pour un sevrage si cela s’avère nécessaire. On va les accompagner régulièrement et les orienter également vers une prise en charge psycho-périnatale.

La grossesse est un moment privilégié pour rencontrer les femmes en situation d’addiction et les accrocher, voire les raccrocher aux soins. La venue d’un enfant peut être une source de motivation, mais c’est aussi un moment de grande vulnérabilité qui peut fragiliser les femmes. Il s’agit d’être à la fois bienveillants et vigilants. L’accompagnement pluridisciplinaire a donc toute sa place dans la prise en charge de ces grossesses.

Que conseillez-vous aux femmes qui sont addict notamment au tabac et qui souhaitent arrêter pour leur grossesse ?

Je leur dis déjà que la dépendance au tabac est une maladie chronique et qu’on en est victime, pas coupable. Je leur rappelle qu’en France il existe de nombreux traitements remboursés sur prescription médicale et que la vapoteuse peut aussi aider. Il ne faut surtout pas hésiter à se faire accompagner en choisissant par exemple une maternité où il y a une sage-femme addictologue ou un service dédié comme à Béclère ou en se rendant dans un Centre de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA).

Enfin, à Béclère, nous avons développé l’application Addimat pour aider les patientes enceintes ou en projet bébé et leurs conjoints dans l’arrêt du tabac, avec une équipe de tabacologues disponibles en ligne pour les aider au quotidien, avec des conseils personnalisés. L’application est téléchargeable gratuitement par tous.

Pour télécharger l’application Addimat, scannez les QR codes ci-dessous :

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