Aménorrhée, le roman qui vous fait découvrir la grossesse dans les yeux d’un père

Pourquoi je vous en parle ici : «On ne naît pas père, on le devient». C’est le postulat de Marc-Arthur Gauthey, qui vient de publier le beau roman Aménorrhée, aux éditions Rémanence. Il y raconte semaine après semaine – d’où son titre – la grossesse de Lucia, à travers les yeux de son compagnon Adrien. A l’heure où l’on parle beaucoup de patriarcat et du rôle des hommes, j’ai aimé ce point de vue, masculin, sur la grossesse. Car en effet, le sujet reste encore malheureusement bien trop féminin, alors que les hommes sont eux aussi projetés dans un univers inconnu et bouleversant. Certes, tous ne veulent pas s’impliquer et il y a encore d’immenses progrès à faire en la matière, mais il est essentiel selon moi de leur donner davantage la parole sur ces sujets-là, de les rattacher eux aussi à leur paternité, qui fait bel et bien partie de leur vie. C’est ce qu’a fait Marc-Arthur Gauthey, père de deux enfants. Et c’est plutôt réussi !

Pourquoi avoir voulu écrire sur la paternité et la place des pères pendant la grossesse ?

Marc-Arthur GAUTHEY – Je voulais apporter un autre point de vue sur quelque chose qu’on connaît déjà, mais essentiellement du côté des mères. Il n’existe aucune documentation ou livre qui préparent les hommes à être papa, contrairement aux femmes qui sont conditionnées depuis leur naissance à devenir mère. Je me suis inspiré de faits réels tout en donnant une dimension universelle à mes personnages. Par exemple, le moment où le héros Adrien se connecte sur le site de la Fnac pour trouver un livre c’est du vécu : quand ma compagne est tombée enceinte la première fois, j’ai foncé dans une librairie pour acheter un livre pour me préparer. Comme lui, j’ai pris le livre de Florence Pernoud, J’attends un enfant.

Le futur père vit aussi quelque chose d’intense dans cette période de grossesse, il faut le dire. Je trouve ça très insultant qu’on rapporte encore la figure de la paternité à un ado post-dégénéré qui ne va pas s’en sortir. D’autant qu’entre hommes, on parle très peu de nos relations amoureuses. Cette pudeur est profondément ancrée en nous, comme si se confier allait atteindre à notre virilité… Cela montre bien pourquoi il est si difficile de réinventer nos modèles parentaux. Beaucoup de gens ont ainsi l’impression d’être beaucoup plus égalitaires dans leur couple, mais il y a encore de nombreuses marches à gravir.

Justement à ce sujet, on constate que la charge mentale entre les hommes et les femmes est encore largement déséquilibrée… Vous abordez d’ailleurs cette question dans le livre. Comment l’expliquez-vous ?

Ce déséquilibre commence dès la grossesse parce que la mère est embarquée dans un processus de plusieurs mois et que globalement on s’adresse beaucoup à elle et pas au père. Dans le livre, on voit que personne ne demande à Adrien comment il vit la grossesse de Lucia. Tout le monde intériorise que c’est du domaine de la mère. Et c’est pareil dans notre vie quotidienne : encore hier, la maîtresse de l’un de nos enfants a écrit à ma femme sans me mettre en copie.

Vous racontez aussi dans le livre comment Adrien renonce à une promotion pour profiter de son enfant à venir. Une situation rare dans la réalité…

Effectivement, dans mon roman, je décris un couple déséquilibré sur le plan financier mais en sa faveur à elle, qui ne veut pas renoncer à sa vie professionnelle. C’est une vraie question : est-ce qu’un homme est capable de renoncer à accélérer dans sa carrière pour sa femme ? Tout réside là, dans les ambitions professionnelles que chacun se donne. Je connais quelques amis qui ont agi comme Adrien, mais dans l’ensemble ce sont plutôt les femmes qui gagnent moins à la fin. En soi, ce n’est pas forcément un problème, mais c’est important d’avoir le choix et que cela ne soit pas subi. Il faut que les femmes aient le choix.

«J’ai appris en marchant, mais j’aurais bien voulu un Laurence Pernoud pour les pères»

Que faudrait-il mettre en place pour que les choses changent ?

La piste du congé paternité qui a été rallongé est déjà une bonne chose, mais 25 jours de congés ça reste peu. En plus, le salaire est capé sur 80% donc tous les hommes ne le prennent pas. Si l’entreprise n’abonde pas au prorata de ce qu’il manque, ça peut être un sujet pour le couple. Il faudrait changer ça. Il y a aussi le fait que le futur père peut s’absenter de son travail pour les 3 échographies prévues pendant la grossesse, mais pas pour tous les rendez-vous médicaux. C’est un autre déséquilibre dans le couple. On pourrait aussi imaginer qu’un homme bénéficie de jours d’absences proratisés sur le congé pathologique de sa femme pour l’aider aux charges du foyer. Car si elle est arrêtée, c’est pour se reposer.

Enfin, je trouve qu’il y a un rôle des médias dans la représentation de l’homme et de son succès. Je m’explique : quand on parle d’une femme qui a une belle carrière, on ne fera jamais l’impasse sur ses enfants, contrairement aux hommes. Donc il faudrait rappeler que les hommes sont également pères de famille, car c’est aussi une composante de ce qu’ils sont.

Qu’est-ce qui vous a manqué personnellement pendant la grossesse de votre compagne ?

Comme Adrien dans le livre, j’étais un peu paumé. Ce qui m’a manqué c’est de ne pas réussir à imaginer le père que je serai. J’avais une image d’Epinal en tête, celle du père qui voit ses enfants en rentrant du travail mais à l’époque je n’imaginais pas que le 18h-20h serait un enfer à vivre ! Moi j’ai grandi dans un environnement classique avec une répartition des rôles entre ma mère et mon père et je ne voulais pas reproduire ça. Donc j’ai appris en marchant, mais j’aurais bien voulu un Laurence Pernoud pour les pères, qui nous dise voilà ce qu’il va se passer pour votre femme, pour vous, les différentes étapes, quelles seront vos envies, vos craintes, etc…

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